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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 23:21

De l’afrofuturisme à la Sword and Soul[1]

Selon certaines sources, le terme afrofuturisme a été théorisé pour la première en 1994 par le critique Mark DERY dans son essai « Black to the future ». Cet auteur évoque une science et une cyberculture du 20ème siècle au service d’une réappropriation de l’imaginaire, de l’expression et de l’identité Noire. L’afrofuturisme touche des domaines variés de l’art liés aux cultures Noires : Littérature, musique, graphisme, etc…. Les uns fécondant les autres. Ce courant représente le point de convergence des Noirs qui entendent participer à la modernité, à marier l’anticipation imaginative avec la réappropriation de la culture afro-égyptienne et de l’histoire des grands royaumes africains de la période médiévale. La rencontre entre l’Ancienne Egypte et la Science Fiction chez les créateurs Noirs se manifeste d’abord par les compositions du pianiste Herman Poole Blount (1914-1993) plus connu sous le solaire pseudonyme de Sun Ra. Sur le plan musical Sun Ra va influencer Georges Clinton et ses groupes expérimentaux tels Funkydelic et Parliament. Cependant, dans les années 1960 et 1970, l’influence de Sun Ra ira au-delà du funk expérimental de Clinton, pour irradier les compositions mystiques du saxophoniste Pharoah Sanders (the creator has a master plan, lower and uper egypt, equinox), mais aussi de manière plus inattendue celles du groupe fondé par le batteur de jazz Maurice White : Earth Wind and Fire. En effet, si cette formation de jazz-funk est davantage connue pour ses succès commerciaux dansants depuis 1978, elle est née en 1969 à Chicago dans le bouillonnement des luttes pour les Droits Civiques et l’ébullition d’une nouvelle créativité Noire. Les premiers enregistrements du groupe de Maurice White sont empreints de spiritualité dont les albums Open our eyes (1974), Spirit (1976) and All in All (1977) constituent le paroxysme mystique. Comme les disques et les spectacles de Sun Ra, Maurice White use de tout un arrière plan visuel inspiré à la fois de l’ancienne Égypte et du Space Opera. S’agit-il d’une simple récupération commerciale de la part d’un musicien qui s’est très tôt sensibilisé à la production ? Si cette hypothèse ne peut être totalement exclue, je pense qu’il y a une sincérité dans la démarche de Maurice White au début de la décennie 1970. En effet, arrivé dans les années 1960 à Chicago, il est d’abord batteur de jazz pour les studios Chess Record avant d’intégrer le Ramsey Lewis Trio entre 1963 et 1967. Durant cette période, Maurice White devient boudhiste, s’initie à l’astrologie et à l’égyptologie. D’ailleurs dans le documentaire « shining stars », il affirme qu’il voulait à travers sa musique partager ses connaissances dans ces différents domaines avec le public. Surtout durant cette période riche sur le plan créatif, Maurice White découvre le Kalimba, un piano à pouces originaire de l’Afrique Centrale et de l’Est. Il transforme cet instrument traditionnel en un symbole de la modernité, notamment en l’électrifiant comme une guitare pop. Une chanson du groupe intitulé « Kalimba story (1974) narre sa découverte dans un magasin de Chicago. Il est à noter que Sun Ra avait migré à Chicago en 1958, donc il est indéniable que son côté visionnaire et mystique ait influencé le jeune Maurice White arrivé quelques années plus tard dans la capitale du blues moderne. Sun Ra affirmait être né sur la planète saturne et qu’il avait été envoyé sur Terre par le Créateur de l’Omniverse (multivers en français). Cette veine extra-terrestre se retrouve chez Georges Clinton avec son célèbre titre « Mothership connection », une chanson dans laquelle un vaisseau mère vient sur Terre pour ramener les Noirs sur leur planète d’origine, mais surtout dans un titre du groupe Earth Wind and Fire « Jupiter » extrait de l’album All In All. Titre qu’il est possible de traduire par totalité, mot pour désigner Dieu. Le penseur Bruno Giordano utilisait également cette expression pour évoquer le divin. La chanson « Jupiter » guère connue du grand public narre une rencontre fantasmée avec un être venu de l’espace appelé Jupiter, décrit comme un homme âgé et mystérieux venu du fin fond de l’espace pour lui délivrer un message de liberté. Il peut paraitre étonnant que Maurice White parle de Jupiter dans ce chant, mais cet amateur d’égyptologie fait certainement référence au dieu issu du syncrétisme alexandrin des derniers siècles avant la naissance du prophète Jésus, où le zeus grec fusionne avec le dieu égyptien Amon. Cette période de l’antiquité finissante jettera les bases de l’alchimie moderne avec les écrits (légendaires) du Corpus Hermeticum d’Hermes Trismegiste parfois assimilé au dieu égyptien Toth (créateur des hiéroglyphes). Mais à ce stade, j’ai conscience de dévier de mon sujet initial.

Adolescent puis jeune homme, j’ai découvert, et je continue de découvrir, l’Afrofurisme de manière éparse et tardive, avant même son invention par Mark Derry, mais en rassemblant de manière inconsciente ses différents éléments. Les compositions d’Herbie Hancock de sa période électrique avec ses pochettes tenant autant de l’explosion ethnique africaine que de la Science fiction ( Sextant-1975, the living proof-1974, Man Child-1975, Dis is Da Drum-1995), dans une certaine mesure Miles Davis (on the corner -1972, Bitches Brew-1969) Wayne Shorter (Odyssey of Iska-1971) ont jalonné mes découvertes musicales. Pour l’anecdote, un de mes personnages principaux de la Geste d’Osseï (Ikor Editions) et des Chroniques de l’Age de Fer (Edilivre) : Iska est directement inspiré du concept album du saxophoniste Wayne Shorter dont le titre « odyssey of Iska », Iska signifiant vent en Haoussa. J’ai commencé à rédiger des écrits toujours ancrés dans le domaine de l’imaginaire dès l’âge de 10 ans, de manière inconsciente et comme guidée par une force supérieure, je me suis attaché à enraciner mes histoires dans un cadre égyptianisant et ce avant le premier grand choc intellectuel de ma vie, la découverte en 1986 de Cheick Anta Diop et de son livre majeur « Nations nègres et culture ». Dans cet ouvrage, il démontre avec une argumentation d’historien et une rigueur scientifique, les fondements nègres de la civilisation égyptienne. Mon seul regret, avoir découvert cet égyptologue au moment de sa mort par le biais d’un hommage publié dans un journal africain, son œuvre ayant été de son vivant joyeusement censuré par des conservatismes inavouables. Sur le plan littéraire, j’ai aussi pas mal lu, les classiques de la Science-Fiction (Ray Bradbury-Chroniques Martiennes, Arthur C.Clarck-2001 l’odyssée de l’espace, Jules Verne-De la Terre à la Lune) de la fantasy (Robert Howard-Conan, Kull le roi barbare, Michael Morcook-cycle d’Hawkmoon, Tolkien-Seigneurs des anneaux, Bilbo le Hobitt) comme de la littérature générale (Gustave Flaubert-Salambo, Alexandre Dumas-Les trois mousquetaires, Homère- L’Iliade, l’odyssée, etc…). Je pourrais également citer les influences cinématographiques et télévisuelles où la saga de la Guerre des Etoiles cohabite avec « Shaft » le héros emblématique de la blackxploitation des années 1970 et la série émouvante « Racines » contant l’épopée familiale d’afro-américains de la période esclavagiste jusque dans la décennie 1960. Cependant, en 1988 je faisais une nouvelle découverte décisive. Comme la plupart des découvertes, le hasard, pour ne pas dire synchronicité, a conduit mes pas dans un magasin parisien appelé « Le carnaval des affaires ».Il s’agissait d’un commerce, aujourd’hui disparu, spécialisé dans la vente et l’écoulement de produits démarqués ou de livres normalement condamnés au pilon. Au milieu d’ouvrages inintéressants où on trouvait pêle-mêle les mémoires d’un artiste passé de mode ou des livres à la postérité éphémère, j’ai mis la main sur les trois livres du cycle d’Imaro le guerrier Illyassaï de l’auteur Afro-canadien Charles Robert Saunders publiés aux éditions Garancières.

D’un seul coup, je venais de faire connaissance avec un des auteurs majeurs de la Fantasy épique, mais une fantasy épique se déroulant dans un univers parallèle évoquant les civilisations et les cultures de l’Afrique Noire, univers où un héros à fois psychiquement tourmenté et physiquement puissant affronte des forces occultes prêtes à submerger le monde connu.

La lecture des aventures d’Imaro a changé ma manière d’écrire, Charles Saunders a contribué à élargir le champ de mon imaginaire pourtant pas limité au médiéval-fantastique européen. Bien des années plus tard, je rejoignais le réseau social nord-américain « Black Science Fiction Society » dédié aux auteurs Noirs de Science-fiction, de fantastique et fantasy dans lequel je me retrouvais en compagnie de Charles Robert Saunders. Un nouveau chapitre de ma vie créative s’écrivait de nouveau, désormais sous la bannière de la « Sword and Soul », terme pour désigner les romans ou nouvelles de Fantasy se déroulant dans un univers évoquant les anciennes grandes civilisations africaines, leurs cosmogonies et leur spiritualité. En 2010, ma nouvelle intitulée « curse » (malédiction en français) a été traduite par un membre de la Black Science Fiction Society et publiée dans le recueil « Genis, an anthology of black science fiction ». Un texte court dont l’intrigue se situe sur le continent azanien, avec une apparition du héros du cycle des guerres iblisiennes Osseï.

Voici en quelques lignes, rapidement évoqué le lent processus d’alchimie littéraire qui a abouti à la rédaction de la « Geste d’Osseï », et pour reprendre le titre d’un livre sacré égyptien, à « sa sortie vers la lumière. »

Vie, Santé, Force

[1] Ce texte a été publié il y a plus d’un an sur le blog littéraire d’Ikor Editions. A la suite de la disparition en date du 4 février 2016 de Maurice White, fondateur du groupe Earth Wind and Fire, j’ai décidé de le publier sur mon blog personnel afin de rendre hommage une fois de plus à un musicien d’exception doublé d’un initié.

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